Ports réseau et protocoles courants
Un numéro de port identifie une application sur une machine. Plages IANA, ports éphémères, services courants et méthodes de vérification : l'essentiel pour configurer un pare-feu sans erreur.
Une adresse IP désigne une machine ; un numéro de port désigne une application sur cette machine. Le couple adresse IP + port forme ce que l'on appelle couramment un socket. Une connexion est identifiée par cinq éléments : protocole, adresse et port source, adresse et port de destination.
Objectif : comprendre l'organisation des ports, connaître ceux des services courants et savoir vérifier ce qui écoute réellement sur un serveur.
Une liste plus complète, consultable et filtrable, est disponible dans la référence des ports TCP/UDP.
Ports source et ports de destination
Un numéro de port est un entier sur 16 bits : de 0 à 65 535. TCP et UDP ont des espaces de ports indépendants : le port 53/UDP et le port 53/TCP sont deux points d'écoute distincts, même si le DNS utilise les deux.
Lors d'une connexion :
- le port de destination est celui du service (443 pour HTTPS) ;
- le port source est un port éphémère, choisi dynamiquement par le système du client.
Client 192.168.1.20:51734 ──TCP──▶ Serveur 203.0.113.10:443
La réponse du serveur revient vers le port 51734 du client. C'est pourquoi un pare-feu sans suivi d'état devrait autoriser une large plage de ports de retour, alors qu'un pare-feu à états associe automatiquement les réponses à la connexion initiale.
Les plages définies par l'IANA
La RFC 6335 décrit trois plages :
| Plage | Nom | Usage |
|---|---|---|
| 0 – 1023 | Ports système (well-known) | Services standard ; sous Unix, l'écoute exige traditionnellement des privilèges |
| 1024 – 49151 | Ports utilisateur (registered) | Services enregistrés auprès de l'IANA |
| 49152 – 65535 | Ports dynamiques ou privés | Ports éphémères, usages locaux |
Attention : les systèmes ne respectent pas tous cette plage pour les ports éphémères. Linux utilise par défaut 32768–60999 (paramètre net.ipv4.ip_local_port_range), tandis que Windows utilise par défaut 49152–65535 depuis Windows Vista et Windows Server 2008.
sysctl net.ipv4.ip_local_port_range
netsh int ipv4 show dynamicport tcp
Ports des services courants
Accès et administration
| Port | Protocole | Service | Remarque |
|---|---|---|---|
| 22 | TCP | SSH, SFTP, SCP | Administration chiffrée |
| 23 | TCP | Telnet | En clair : à proscrire |
| 3389 | TCP/UDP | RDP | Bureau à distance Windows ; ne jamais exposer directement sur Internet |
| 5985 / 5986 | TCP | WinRM (HTTP / HTTPS) | Administration PowerShell à distance |
Web et messagerie
| Port | Protocole | Service | Remarque |
|---|---|---|---|
| 80 | TCP | HTTP | Généralement redirigé vers HTTPS |
| 443 | TCP (et UDP pour HTTP/3) | HTTPS | HTTP/3 utilise QUIC sur UDP 443 |
| 25 | TCP | SMTP (relais entre serveurs) | Souvent bloqué en sortie par les FAI |
| 587 | TCP | SMTP soumission (STARTTLS) | Envoi par les clients authentifiés |
| 465 | TCP | SMTP soumission (TLS implicite) | Réhabilité par la RFC 8314 |
| 993 | TCP | IMAPS | IMAP chiffré |
| 995 | TCP | POP3S | POP3 chiffré |
Services d'infrastructure
| Port | Protocole | Service | Remarque |
|---|---|---|---|
| 53 | UDP et TCP | DNS | TCP indispensable pour les grosses réponses |
| 853 | TCP | DNS over TLS (DoT) | Chiffrement client-résolveur |
| 67 / 68 | UDP | DHCP serveur / client | |
| 123 | UDP | NTP | Synchronisation horaire |
| 161 / 162 | UDP | SNMP / traps SNMP | Préférer SNMPv3 |
| 514 | UDP | Syslog | 6514/TCP pour syslog sur TLS |
| 389 / 636 | TCP | LDAP / LDAPS | Annuaire |
| 88 | TCP/UDP | Kerberos | Authentification Active Directory |
| 445 | TCP | SMB | Partages Windows ; jamais exposé sur Internet |
| 1812 / 1813 | UDP | RADIUS authentification / comptabilité | 802.1X, VPN |
VPN et tunnels
| Port | Protocole | Service |
|---|---|---|
| 500 / 4500 | UDP | IKE / IPsec NAT-T |
| 1194 | UDP (ou TCP) | OpenVPN (valeur par défaut) |
| 51820 | UDP | WireGuard (valeur usuelle) |
Un port n'est qu'une convention. Rien n'empêche un service SSH d'écouter sur le port 443, ni un logiciel malveillant d'utiliser le port 53. Pour identifier un service, il faut observer le protocole réellement échangé, pas seulement le numéro de port.
Vérifier ce qui écoute sur une machine
Linux
sudo ss -tulpn
Netid State Local Address:Port Process
tcp LISTEN 0.0.0.0:22 users:(("sshd",pid=812,fd=3))
tcp LISTEN 127.0.0.1:3306 users:(("mariadbd",pid=1033,fd=21))
tcp LISTEN [::]:443 users:(("nginx",pid=1201,fd=7))
L'adresse d'écoute est aussi importante que le port :
0.0.0.0ou[::]: toutes les interfaces ;127.0.0.1ou[::1]: uniquement en local — un service de base de données devrait souvent écouter ainsi.
Windows
Get-NetTCPConnection -State Listen | Sort-Object LocalPort |
Select-Object LocalAddress, LocalPort, OwningProcess
Get-Process -Id 4321
netstat -abno # nécessite une console administrateur pour -b
Depuis une autre machine
Test-NetConnection srv-app01 -Port 8443
nc -vz srv-app01 8443
Le balayage de ports avec des outils spécialisés ne doit être effectué que sur des systèmes dont vous avez la responsabilité ou une autorisation écrite.
Construire des règles de filtrage
- Inventoriez les flux nécessaires : source, destination, protocole, port.
- Autorisez explicitement ces flux et refusez le reste par défaut.
- Restreignez les sources : le port 22 d'un serveur ne doit être joignable que depuis le réseau d'administration ou un bastion.
- Distinguez TCP et UDP : ouvrir « le port 53 » sans préciser le protocole est une source d'erreurs.
- Documentez chaque règle (demandeur, justification, date de revue).
Voir Pare-feu : règles de filtrage et bonnes pratiques.
Erreurs courantes
- Exposer des services d'administration (RDP, SSH, SMB, bases de données) sur Internet.
- Oublier UDP pour des services comme DNS, NTP ou IPsec.
- Laisser un service de développement écouter sur toutes les interfaces.
- Croire que changer de port sécurise un service : cela réduit le bruit des robots, mais un balayage le retrouve.
- Confondre port d'écoute du serveur et port source du client dans une règle de pare-feu.
Implications de sécurité
Chaque port en écoute est une porte d'entrée potentielle. Réduisez la surface d'attaque en désactivant les services inutiles, en liant les services internes à l'interface de bouclage ou à un réseau privé, en privilégiant les variantes chiffrées des protocoles et en surveillant l'apparition de nouveaux ports en écoute. Un inventaire régulier, comparé à une référence, révèle rapidement un service installé par erreur ou un logiciel indésirable.
Conclusion
Port de destination pour le service, port éphémère pour le client, protocole à toujours préciser : avec ces trois réflexes et une vérification par ss ou Get-NetTCPConnection, vous savez exactement ce qui est exposé sur vos machines. Approfondissez avec TCP et UDP : différences, cas d'utilisation et diagnostic.
Références
- RFC 6335 — IANA Procedures for the Management of the Service Name and Transport Protocol Port Number Registry
- IANA — Service Name and Transport Protocol Port Number Registry
- Microsoft Learn — The default dynamic port range for TCP/IP has changed
- RFC 8314 — Cleartext Considered Obsolete: Use of TLS for Email Submission and Access


