Cisco, Routage et Switching

Routage statique : configuration et dépannage

Le routage statique reste incontournable : route par défaut, sites terminaux, routes de secours. Configuration, routes flottantes, suivi IP SLA, IPv6 et dépannage méthodique sur Cisco.

Trois routeurs Cisco reliés entre eux avec des routes statiques configurées vers chaque réseau

Le routage statique consiste à indiquer manuellement à un routeur comment atteindre un réseau. Il ne s'adapte pas tout seul aux pannes, mais il est simple, prévisible et sans surcoût : route par défaut vers Internet, site terminal relié par un seul lien, route de secours derrière un protocole dynamique. Les principes du routage sont présentés dans Routage IP : fonctionnement de la transmission des paquets.

Objectif : configurer les différents types de routes statiques sur Cisco IOS, mettre en place une route de secours avec suivi, et dépanner méthodiquement.

Plateforme : routeurs Cisco sous IOS XE 17.x / IOS 15.x. Topologie de laboratoire ; 203.0.113.0/24 est une plage de documentation.

La topologie

 LAN-A 10.1.0.0/24          10.0.12.0/30            10.0.23.0/30          LAN-C 10.3.0.0/24
  ───── Gi0/1 [R1] Gi0/0 ──────────────── Gi0/0 [R2] Gi0/1 ──────────────── Gi0/0 [R3] Gi0/1 ─────
              .1          .1          .2                  .1           .2         .1
                                         │ Gi0/2  10.2.0.1/24 (LAN-B)
                                         │ Gi0/3  203.0.113.2/30 → FAI 203.0.113.1

Syntaxe de base

ip route <réseau> <masque> {<prochain-saut> | <interface> [<prochain-saut>]} [<distance>] [name <texte>]

Trois formes :

! 1. Par prochain saut (la plus courante)
R1(config)# ip route 10.3.0.0 255.255.255.0 10.0.12.2

! 2. Par interface de sortie (adaptée aux liens point à point)
R1(config)# ip route 10.3.0.0 255.255.255.0 GigabitEthernet0/0

! 3. Entièrement spécifiée (interface + prochain saut)
R1(config)# ip route 10.3.0.0 255.255.255.0 GigabitEthernet0/0 10.0.12.2

Évitez la forme 2 sur un réseau multi-accès comme Ethernet : le routeur considère alors toute destination comme directement joignable sur l'interface et émet des requêtes ARP pour chaque adresse de destination, en comptant sur le proxy ARP du voisin. Le résultat est inefficace et fragile. Sur Ethernet, utilisez le prochain saut, ou la forme entièrement spécifiée.

Le paramètre name documente la route directement dans la configuration.

Configurer le scénario complet

R1 (site terminal)

R1(config)# ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 10.0.12.2 name Defaut-via-R2

R1 n'a qu'une sortie : une route par défaut suffit pour joindre LAN-B, LAN-C et Internet.

R2 (routeur central)

R2(config)# ip route 10.1.0.0 255.255.255.0 10.0.12.1 name LAN-A
R2(config)# ip route 10.3.0.0 255.255.255.0 10.0.23.2 name LAN-C
R2(config)# ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 203.0.113.1 name Internet

R3 (site terminal)

R3(config)# ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 10.0.23.1 name Defaut-via-R2

Vérifiez que chaque routeur peut joindre chaque réseau dans les deux sens : c'est le point le plus souvent oublié.

La route résumée

Si R2 devait joindre plusieurs réseaux 10.3.0.0/24 à 10.3.3.0/24 derrière R3, une seule route suffit :

R2(config)# ip route 10.3.0.0 255.255.252.0 10.0.23.2

Grâce à la règle du plus long préfixe, une route plus spécifique ailleurs restera prioritaire pour les destinations qu'elle couvre. Voir Calcul de sous-réseaux IPv4 pour le calcul des résumés.

La route Null0 : éviter les boucles

Lorsqu'un routeur annonce un résumé, il est prudent d'ajouter une route vers Null0 (une interface « poubelle ») pour ce résumé :

R3(config)# ip route 10.3.0.0 255.255.252.0 Null0

Ainsi, un paquet destiné à un sous-réseau inexistant du résumé (par exemple 10.3.2.0/24 s'il n'est pas encore déployé) est détruit localement au lieu de repartir vers la route par défaut et de créer une boucle entre R2 et R3.

La route flottante

Une route flottante est une route statique configurée avec une distance administrative supérieure à celle de la route principale. Elle n'apparaît dans la table de routage que si la route principale disparaît.

Imaginons que R1 dispose d'un second lien de secours, via un routeur R4 (10.0.14.4) :

R1(config)# ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 10.0.12.2 name Principal
R1(config)# ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 10.0.14.4 250 name Secours

La seconde route (distance 250) reste en attente tant que la première (distance 1) est valide.

Le piège : la route principale ne disparaît pas toujours

Une route statique par prochain saut reste dans la table tant que l'interface de sortie est active. Si le lien physique reste « up » mais que le prochain saut ne répond plus (panne de R2, problème chez l'opérateur derrière un équipement intermédiaire), la route principale reste en place et le trafic part dans le vide.

Le suivi avec IP SLA

IP SLA permet au routeur de tester activement la joignabilité d'une destination, et object tracking retire la route si le test échoue.

R1(config)# ip sla 10
R1(config-ip-sla)# icmp-echo 10.0.12.2 source-interface GigabitEthernet0/0
R1(config-ip-sla-echo)# frequency 10
R1(config-ip-sla-echo)# exit
R1(config)# ip sla schedule 10 life forever start-time now
R1(config)# track 10 ip sla 10 reachability
R1(config-track)# delay down 15 up 30
R1(config-track)# exit
R1(config)# no ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 10.0.12.2 name Principal
R1(config)# ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 10.0.12.2 track 10 name Principal
R1(config)# ip route 0.0.0.0 0.0.0.0 10.0.14.4 250 name Secours
  • La sonde ICMP teste le prochain saut toutes les 10 secondes.
  • Les délais delay down/up évitent les bascules intempestives lors de pertes isolées.
  • Pour tester réellement l'accès Internet, on peut viser une destination plus lointaine, en veillant à ce que la sonde emprunte bien le lien principal (une route hôte dédiée vers la cible peut être nécessaire).
R1# show ip sla statistics 10
R1# show track 10

Routes statiques IPv6

R1(config)# ipv6 unicast-routing
R1(config)# ipv6 route 2001:db8:acad:3::/64 2001:db8:acad:12::2
R1(config)# ipv6 route ::/0 GigabitEthernet0/0 fe80::2

Avec une adresse de lien local comme prochain saut, l'interface de sortie doit être précisée, car une adresse fe80:: n'est unique que sur un lien donné.

Dépanner

show ip route                          ! table complète
show ip route static                   ! routes statiques uniquement
show ip route 10.3.0.25                ! route retenue pour une destination
show running-config | include ip route
ping 10.3.0.25 source GigabitEthernet0/1
traceroute 10.3.0.25 source GigabitEthernet0/1

Une route statique absente de show ip route alors qu'elle figure dans la configuration signale généralement :

  • une interface de sortie inactive ;
  • un prochain saut injoignable (non couvert par une route connectée ou récursive) ;
  • un objet de suivi en état down ;
  • une route de même préfixe avec une meilleure distance administrative (route flottante non utilisée, ce qui est normal).

Méthode

  1. La route existe-t-elle sur chaque routeur du chemin aller ?
  2. La route de retour existe-t-elle sur chaque routeur du chemin retour ?
  3. Le masque est-il correct ?
  4. Le prochain saut est-il joignable ?
  5. Un traceroute qui alterne entre deux routeurs révèle une boucle : deux routes par défaut qui se renvoient le trafic, ou un résumé sans route Null0.

Erreurs courantes

  • Oublier le chemin de retour.
  • Route par interface de sortie sur Ethernet.
  • Route flottante sans suivi, qui ne bascule jamais.
  • Masque erroné, couvrant trop ou trop peu d'adresses.
  • Accumulation de routes statiques sur un réseau devenu trop grand : passez à un protocole dynamique.

Conclusion

Le routage statique est idéal pour les cas simples et prévisibles : route par défaut, sites terminaux, secours. Combiné à IP SLA et aux routes flottantes, il offre même une redondance basique. Lorsque le nombre de réseaux et de chemins augmente, un protocole dynamique devient préférable : découvrez OSPF : principes, voisinage et configuration de base.

Références